Cela faisait un petit moment que l’idée de faire un jeûne me titillait les papilles… J’avais un jour parcouru un dépliant proposant des stages de jeûne et randonnée, et depuis lors cette perspective pourtant peu réjouissante de prime abord exerçait sur moi une attraction presque mystique. C’est un sentiment qui venait du ventre, paradoxalement, à croire que ce dernier souffre de certaines tendances sado-masochistes… Eh bien mon intuition ne m’avait pas trompé! Je me suis ainsi retrouvé pendant une semaine à jeûner et à me balader au milieu des palmiers à Ouarzazate au Maroc, dans cette oasis aux portes du désert qui servit longtemps de point de départ aux caravanes traversant le Sahara en direction de Tombouctou ou encore aux fidèles en partance pour un pèlerinage à pied à la Mecque, qui durait à l’époque deux ans… Fallait être motivé!
Au moment d’écrire ces lignes, je me retrouve à Marrakech pour entamer ma phase de reprise comme on dit et le verdict est sans appel : je me suis converti en apôtre du jeûne! Bon, peut-être pas encore au même titre que Yannick Noah qui le pratique trois fois par an (serait-ce le signe indirect d’une vie dissolue?) mais quand même, je suis conquis! Cette approche va pourtant totalement à l’encontre de notre conditionnement culturel. Car, c’est bien connu, quand on est malade, on doit bien manger pour reprendre des forces, hein mon pouillon! D’ailleurs quand on maigrit, c’est un signe de mauvaise santé, ce qui n’est en fait pas tout à fait faux… Cependant, on ferait bien de laisser les commandes à notre corps qui sait parfaitement ce qu’il fait en nous coupant l’appétit. On ne remplace pas des millions d’années d’évolution par une étincelle de logique cartésienne. Car le corps, pour pouvoir se guérir, a besoin de concentrer toute son énergie sur la récupération, l’éradication de la maladie, et se réserve bien d’aller en dépenser dans le puit sans fin que représente le système digestif. Qui plus est, quand on ingurgite plus d’énergie que ce que le corps en dépense, celui-ci va stocker le surplus sous forme de réserves et de toxines. Dès lors le jeûne ou une diète est le seul moment où le corps, en déficit d’énergie, va puiser dans ses réserves et éliminer ses toxines. Au bout d’une semaine, on ressort de ce processus d’élimination avec une pêche d’enfer et des organes internes (presque) dignes de ceux d’un nouveau-né…

Le Ksar D'Aït-Ben Haddou, classé comme patrimoine mondial de l'humanité, où on été tournées notamment des scènes des diamants du Nil et de Gladiateur
Dans ce cas-ci j’ai réalisé ce qu’on appelle un jeune dynamique, où l’on se prend le matin un bon verre de jus d’orange avant d’entamer une petite séance de gymnastique et de partir ensuite en balade pendant trois ou quatre heures dans les environs, suivie d’un temps libre l’après-midi puis on se retrouve autour d’un bon bouillon de légumes sans fibre le soir, mmmmmmhh! Je suis passé pendant cette semaine par tous les états, d’une énergie débordante à l’envie de dormir en marchant, avant de repartir ragaillardi par une sieste de vingt minutes. En fait, pour pouvoir se soigner, le corps a besoin de revivre la maladie, vous allez le sentir passer là où vous avez besoin de le sentir passer… Dans mon cas, sans surprise, le foie avait accumulé un peu de heu, disons de tension. De là des cernes marquées, une production de bile assez importante et une perte d’énergie avec un teint jaunâtre à certains moments de la journée. Par contre, une fois l’étape d’assainissement passée, quel bonheur! On ressort de cette semaine de jeûne avec un teint qui sent bon la bonne santé et une énergie renouvelée dans un corps débarrassé d’une bonne partie de ses toxines… Le pied!
Par contre cette phase d’élimination des toxines n’est pas des plus glamour… Préparez-vous, surtout le matin, à puer de la gueule, à avoir les urines bien chargées et à sentir… hum… pas la rose. Effectivement, quand le corps élimine, c’est pas top pour l’entourage! Au niveau de la sensation de faim, en fait ça va, on ressent plus une envie de manger aux heures de repas qu’une faim véritable. Bon, mieux vaut éviter de commencer à parler cuisine évidemment, mais ce n’était vraiment pas la partie la plus difficile. A part cela, le cerveau carbure à 200% en profitant de toute l’énergie libérée depuis que le corps ne la dilapide plus dans le joug digestif, en se mettant en phase d’autolyse (il consume ses propres réserves). Car toute l’énergie nécessaire pour le corps est en fait déjà là, présente sous forme de toxines, de protéines et de graisses. C’est pour cette raison que tant que le corps ne sera pas en train de s’attaquer lourdement à un problème interne, vous sentirez plutôt un regain d’énergie. Vous ajoutez à cela quelques massages et hammams, une perte de poids de dix pour-cent de votre masse corporelle (que l’on va récupérer, au moins en partie), et cette expérience devient même assez plaisante!

Dans la Medrassa Ben Youssef à Marrakech, autrefois université principale de la ville, très finement ornementée dans le style Maure-Andalou
Mais attention, pas question d’entamer un jeûne le lendemain d’une fête orgiesque ni de le terminer par un festin royal, le processus s’accompagne obligatoirement d’une période de préparation et d’une autre de reprise d’une semaine chacune, pour un total de trois semaines en tout. Pendant la phase de préparation, on va petit à petit diminuer les quantités et faciliter le travail de digestion en arrêtant progressivement les viandes, les excitants, le sel, les dérivés animaliers, les produits laitiers et enfin les féculents pour ne terminer la semaine qu’en mangeant des légumes et des fruits en petite quantité, avant de réaliser une purge de son système digestif qui marquera le début du jeûne proprement dit. La reprise se fait de la même manière en sens inverse. Mieux vaut entamer son premier jeûne avec un encadrement et au sein d’un groupe de gens qui ont décidé de vivre la même expérience. C’est apparemment beaucoup plus difficile à réaliser en restant dans son quotidien…
Il y a aujourd’hui moins de dix mille personnes qui pratiquent le jeûne en France contre à peu près trois millions en Allemagne où la technique est plus répandue et aujourd’hui officiellement reconnue en tant que méthode thérapeutique. Au final, en laissant son médecin intérieur exprimer son plein potentiel pendant une semaine, on ressort profondément nettoyé et assaini de l’intérieur. C’est aussi une expérience qui vous aide à reprendre contact avec vous-même et à prendre des décisions intuitives et profondes, parfois difficiles, qui vous conviennent le mieux. Après cette première expérience, on peut aussi passer à une étape plus avancée de récupération et de réparation, soit en réalisant un jeûne dynamique sur une plus longue durée, soit en accélérant le processus à travers un jeûne statique. Cette technique plus ancienne et plus efficace au niveau thérapeutique est nettement plus désagréable à vivre, car toute l’énergie est concentrée dans le processus d’élimination et de réparation, vous laissant cloué au lit la plupart du temps. On rentre là dans le domaine des jeûnes thérapeutiques capables, en fonction de votre âge, de votre vitalité et de votre état psychologique, de soigner en profondeur des affections graves comme des débuts de cancer, des diabètes de type II, des inflammations avancée du côlon, etc.
Je ne suis donc pas mort de faim à Ouarzazate contrairement à ce qu’affirme le titre de cet article, et j’ai d’ailleurs décidé de recommencer un jeûne, sans doute plus long, dans les six mois à venir. En attendant je continue mon périple au Maroc et je termine cette chronique depuis Essaouira où je prends des cours de kite-surf. Après, je vais aller voir la vallée du paradis au nord d’Agadir, nom donné par des hordes de joyeux hippies qui s’y baladaient apparemment nus dans les années 70. Et d’après ce qu’on dit, ce nom n’est pas usurpé… Heureusement que j’ai une bonne crème solaire à base d’huile d’Argan pour éviter les coups de soleil sur les fesses!
Hasta la proximiam!
Patrick
P.S Pour le reste des photos, c’est par ici ->
https://picasaweb.google.com/patataq/20011203MarocEtJeune#slideshow





L’important c’est de rester jeune ! Blague à part, belle chronique, même si on sent que l’énergie passée à tapoter ton clavier aurait mieux été utilisée à éliminer les toxines ! Merci pour ce bout de rêve, Pat !
Par pluc le 5 décembre 2011
à 07:21
ouahh!!
Quel plaisir de te lire depuis la Belgique!
Profite bien et à bientôt.
Cathy, Fred et Clara de Namur.
Par cathy le 14 décembre 2011
à 15:30
Coucou Cathy! Merci pour ton petit commentaire, Clara alors… Joli nom! Félicitation à vous 3!
Par patataq le 18 décembre 2011
à 12:23